Algérie: un président par intérim nommé malgré le rejet de la rue.


Par LIBERATION

Pur produit du régime, Abdelkader Bensalah a été nommé par le Parlement. Des milliers d’étudiants ont protesté contre cette décision. Pour la première fois depuis le début des manifestations, la police a utilisé des canons à eau et des grenades lacrymogènes.

Vers un regain de tension en Algérie ? Mardi, Abdelkader Bensalah a été nommé par le Parlement au poste de président par intérim, une semaine après la démission forcée d’Abdelaziz Bouteflika, en dépit du rejet par la rue de ce pur produit du régime. Les Algériens, qui continuent de manifester en masse pour réclamer le départ du «système», avaient clairement affiché leur refus de voir le président du Conseil de la nation (Chambre haute du Parlement), âgé de 76 ans, prendre l’intérim.

Dans le centre d’Alger, des milliers d’étudiants criaient «dégage Bensalah !» et «système dégage», notamment ­devant la Grande Poste. La ­police a tiré des grenades lacrymogènes et fait usage de ­canons à eau, mais les manifestants étaient encore présents en fin d’après-midi, ­encerclés par les forces de l’ordre. C’est la première fois en sept semaines que ces dernières tentent de disperser ainsi une manifestation pacifique au cœur de la capitale algérienne.

Après plus d’un mois d’une contestation massive et inédite, Bouteflika avait dû démissionner, le 2 avril, sous la pression conjuguée de la rue et de l’armée, qui a menacé de ne plus reconnaître son autorité. Très affaibli par un accident vasculaire cérébral depuis 2013, il était chef de l’Etat depuis vingt ans. Mais son souhait de briguer à 82 ans un cinquième mandat lors de l’élection présidentielle prévue en avril a provoqué de ­gigantesques manifestations, notamment à Alger, malgré l’interdiction des rassemblements depuis 2001.

Comme le stipule la Consti­tution, les parlementaires de l’Assemblée populaire nationale (APN, Chambre basse) et du Conseil de la nation se sont réunis mardi. Le rapporteur a lu un rapport en plénière où il est dit que, selon l’article 102, le Parlement ­confirme la vacation du poste de chef de l’Etat et que le président du Conseil de la nation assume cette fonction pour une durée déterminée de ­quatre-vingt-dix jours. Durant cette période, une élection présidentielle, à laquelle Bensalah ne pourra être candidat, doit être or­ganisée. «Je vais travailler à concrétiser les intérêts du peuple», a indiqué ce cacique du régime, qui a été député, ambassadeur, présidé les deux Chambres du Parlement… et accédé à la présidence du Conseil de la nation trois ans à peine après l’arrivée de Bouteflika.

Les partis d’opposition, se basant sur les revendications de la rue, avaient boycotté la réunion du Par­lement, refusant de valider cette nomination. Même le quotidien gouvernemental El Moudjahid avait suggéré d’écarter Bensalah afin de trouver une figure plus consensuelle. Mais le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, de facto nouvel homme fort du pays, exige que la succession se fasse dans le strict respect de la Constitution. «C’est là où il y a un vrai problème. L’armée tient à ce que cela [la transition, ndlr] se fasse à l’intérieur de la Constitution et la rue veut que cela se fasse à l’extérieur de la Constitution. Si l’armée n’assouplit pas sa position, on va vers la rupture», alerte Rachid Grim, enseignant en sciences poli­tiques à l’Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) d’Alger. Avec un dur­cissement probable de la ­situation.

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